La SNCF mise en cause pour discrimination raciale

Publié le par Eligi Formation

 

 

 

La compagnie doit répondre devant les prud'hommes de discriminations à l'encontre de centaines d'anciens ouvriers. Embauchés comme contractuels, ils n'ont pas bénéficié des mêmes opportunités de carrière que les autres cheminots. 

 

 Ils n'étaient encore que 360 en 2012, ils sont aujourd'hui plus du double. En tout, ce sont 744 retraités marocains de la SNCF qui demandent sa condamnation pour discriminations pendant leur carrière. Les premières auditions devaient avoir lieu ce vendredi devant les prud'hommes de Paris. 

Leur action a commencé en 2010, mais les audiences ont été régulièrement reportées par la compagnie, qui demandait des délais pour préparer sa défense. Le nombre de dossiers de plaignants, lui, n'a cessé de grossir.  

 

Pendant les Trente glorieuses, la France en manque de main-d'oeuvre a massivement recruté dans ses anciennes colonies. Ainsi, plusieurs milliers de cheminots marocains ont ainsi été embauchés par la SNCF. A la différence près que la compagnie ne leur a offert que des postes de contractuels, sous statut de salariés du privé, et non comme "cadre permanent". Des "PS525", dans le jargon de l'entreprise, un statut attribué notamment aux cheminots étrangers, non-ressortissants d'un pays de l'Union européenne. 

Leurs salaires en ont souffert, les grilles d'évolution n'étant pas les mêmes que pour les autres employés. Certaines primes échappent aussi aux "PS25", tout comme des concours internes. Leurs retraites ont aussi pâti du statut de contractuel: leurs pensions sont calculées sur les salaires des 25 dernières années de travail, et non les six derniers mois, comme pour les cheminots.  

"Après 33 ans de travail, je touche 1049,69 euros net de retraite par mois. Un employé français avec la même ancienneté touche le double", déclarait en 2010 un retraité arrivé du Maroc en 1974, dans les colonnes de France Soir. Au micro de France Inter, la fille d'un ancien cheminot, raconte aussi l'histoire de son père, décédé après s'être fait sectionner la jambe par un train, alors qu'il travaillait encore sur les rails à 62 ans. 

 

Dernière discrimination selon les plaignants: les "facilités de transport", soit des billets réduits voire gratuits, qui ne sont pas les mêmes pour les contractuels et les autres. 

Le contrat de travail type des cheminots étrangers, publié par Métro, leur accorde pourtant "à travail égal une rémunération égale à celle de l'ouvrier français de même catégorie employé dans l'établissement ou l'exploitation". Mais dans les faits, les soutiens des retraités marocains -syndicats mais aussi associations anti-racisme- dénoncent un "traitement différencié du fait de l'origine étrangère" et "une forme de discrimination directe", selon les termes de Sud-Rail. 

La RATP a supprimé au début des années 2000 la clause de nationalité qui prive les salariés étrangers d'une partie des avantages de la compagnie. Selon la CGT, plus de 800 salariés non-ressortissants de l'UE seraient encore concernés à la SNCF. A la clé du procès aux prud'hommes, entre 200 et 300 millions d'euros seraient en jeu pour la SNCF. 

 

Source : L'Express

 

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